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Un bug logiciel coupe les gaz des F1 avant le départ, la FIA pousse un hotfix en 20 minutes

Nicolas Lecointre · 5 Oct 2026 à 18h05
Un bug logiciel coupe les gaz des F1 avant le départ, la FIA pousse un hotfix en 20 minutes

Ça marchait sur ma F1 — Ce dimanche 4 octobre, juste avant le départ du Grand Prix de Bahreïn, plusieurs pilotes de Formule 1 ont écrasé l'accélérateur... sans que rien ne se passe.

Ni casse moteur ni accrochage : le coupable était un bug logiciel passé entre les mailles de tous les tests.

Ralenti sur image

Le Grand Prix de Bahreïn se courait en fait en Malaisie, sur le circuit de Sepang (le contexte géopolitique au Moyen-Orient l'a fait déménager), et surtout sous des trombes d'eau.

Pendant les tours de formation, effectués derrière la voiture de sécurité, les monoplaces se sont alors retrouvées privées de puissance les unes après les autres.

Max Verstappen, le premier touché, s'est d'abord demandé si les autres l'attendaient. Un tour plus tard, il en voyait encore huit se traîner, au point de comparer la scène à la parade en F1 LEGO organisée avant le Grand Prix de Grande-Bretagne en juillet, où les pilotes roulaient à bord de mini-monoplaces plafonnant à 25 km/h.

Parade de mini-monoplaces en LEGO

Lewis Hamilton a de son côté été forcé de s'arrêter en pleine piste, de couper le moteur et de redémarrer sa Ferrari, une première pour lui.

Sept titres de champion du monde, et le voilà réduit au plus grand classique de n'importe quel support informatique : éteindre, puis rallumer (il a tout de même terminé troisième).

Série IT Crowd : have you tried turning it off and on again

La direction de course a fini par brandir le drapeau rouge, et tout le monde est rentré au stand.

Faux positif, vrai bouchon

Car oui, la FIA (la Fédération internationale de l'automobile, qui régit la F1) a bel et bien la main sur la pédale d'accélérateur des pilotes !

Bien sûr, personne à la FIA ne pilote les voitures à distance. Tout passe par un logiciel commun : depuis 2008, toutes les F1 utilisent le même calculateur moteur, imposé notamment pour faire respecter l'interdiction de l'antipatinage (il est fourni depuis le début par McLaren Applied, rebaptisée Motion Applied en 2025, qui avait décroché son tout premier contrat en duo avec Microsoft).

Cette saison, ce logiciel encadre aussi l'utilisation du MGU-K, le moteur électrique qui récupère l'énergie au freinage et fournit désormais près de la moitié de la puissance des monoplaces. Sous la pluie, un mode imposé plafonne sa puissance à 250 kW, contre 350 kW sur le sec.

Selon la FIA, c'est là que tout a déraillé. À très basse vitesse, le turbo a perdu sa pression et, faute de puissance électrique suffisante pour compenser, les moteurs ont basculé en mode de sécurité.

Les analyses d'après-course ont ensuite montré qu'un bug les avait envoyés dans un mode d'urgence, introduit cette année pour empêcher les équipes de couper volontairement leur MGU-K, qui verrouille la partie électrique pendant 60 secondes.

Ce garde-fou, qui peut aussi brider le moteur thermique, a donc puni des pilotes qui n'avaient rien demandé. Un faux positif, comme diraient les antivirus.

Pit stop en prod

Pendant l'interruption, la FIA a levé la limite d'énergie dans les secteurs concernés, via une mise à jour logicielle envoyée aux onze équipes, qui l'ont installée avant de repartir.

Du diagnostic à l'installation, le tout a pris une vingtaine de minutes. Côté pilotes, l'attente a paru plus longue : Verstappen dit avoir patienté une demi-heure une fois sa voiture à jour, et Hamilton a fait remarquer en conférence de presse que certains avaient visiblement des laptops plus rapides que d'autres.

Vingt minutes pour patcher onze écuries, c'est plutôt pas dégueu. Pendant ce temps, quelque part, une PR d'une seule ligne pour un changement de libellé attend sa review depuis dix jours. Je dis ça je dis rien.

Sur le fond, ce correctif ressemble à ce que tout dev a déjà fait un soir de rush : neutraliser ce qui déclenche le bug plutôt que de corriger le bug lui-même. Vu le temps imparti, difficile d'imaginer ce que la FIA aurait pu faire d'autre.

Plantons sous la pluie

La FIA reconnaît que ni elle ni les équipes n'avaient détecté le problème en test (après tout, ne dit-on pas que tester, c'est douter ?).

Selon elle, son déclenchement relève d'un véritable concours de circonstances : un moteur à très bas régime, une piste détrempée qui n'accroche pas, les réglages d'énergie spécifiques à la pluie et le découpage en secteurs propre à Sepang.

Une combinaison jamais vue jusqu'ici, et pour cause : c'était la première vraie course sous la pluie pour les monoplaces 2026.

Pas de quoi traiter les développeurs de la F1 de cowboys pour autant. Mais bon, qui n'a jamais croisé un bug qui ne se déclenche que les jours de pluie et à un endroit précis ? 👀

Alors qu'à la NASA, on a fait décoller Artemis II plus de 100 000 fois en simulation avant le vrai lancement, la F1 a découvert son cas limite en direct à la télé. Faut dire qu'on n'est pas non plus sur les mêmes enjeux.

C'est aussi le revers d'un logiciel commun : le bug a frappé des voitures motorisées par Mercedes comme par Ferrari, car quand tout le monde fait tourner le même code, tout le monde plante en même temps (CrowdStrike en sait quelque chose).

Meme This is fine

La FIA s'est excusée et promet un examen complet, mais le mal est fait chez des pilotes déjà remontés contre une électronique envahissante : Lando Norris voit dans l'incident la preuve qu'il faudrait purement et simplement s'en débarrasser.

Quant à Max Verstappen, premier à avoir déclenché le bug, il a fini par remporter la course. Si la FIA cherche un bêta-testeur pour sa prochaine mise à jour, elle sait où le trouver.

À propos de l'auteur

Nicolas Lecointre

Nicolas Lecointre

Chief Happiness Officer des développeurs, ceinture noire de sudo. Pour rire, j'ai créé Les Joies du Code. J'utilise Vim depuis 10 ans parce que je sais pas comment le quitter.

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