Canonical a publié jeudi dernier Ubuntu 26.10, nom de code Stonking Stingray (la raie imposante, des fois c'est bien aussi juste dit en anglais 👀). Six mois après la 26.04 LTS, cette version intermédiaire passe à GNOME 51 et au noyau Linux 7.3.
Pas de rupture cette fois. La 26.04 LTS avait enterré X11, remplacé sudo par sudo-rs (sa réécriture en Rust) et mis CUDA dans les dépôts.
Ubuntu 26.10 referme surtout les chantiers ouverts avant elle, à commencer par les commandes que vous tapez à longueur de journée.
Rust, jusqu'au dernier rm
Les coreutils, ce sont ces commandes de base héritées du projet GNU (ls, cat, cp, mv et compagnie) que tout script shell appelle sans y penser. Ubuntu les remplace depuis l'an dernier par uutils, leur réécriture en Rust.
Trois d'entre elles subsistaient encore dans leur implémentation GNU d'origine (celle en C que les distributions Linux embarquent depuis toujours) : cp, mv et rm, conservées pour des questions de compatibilité.
D'après les notes de version, elles basculent à leur tour vers uutils, et l'implémentation GNU reste installable pour les scripts récalcitrants.
Dans la même veine, Sequoia PGP, une implémentation d'OpenPGP écrite en Rust, entre dans l'archive principale.
Le communiqué de Canonical affirme qu'elle remplace déjà GnuPG pour vérifier les signatures des dépôts APT, mais les notes de version restent plus prudentes : en faire l'outil OpenPGP par défaut est un objectif, et gpg reste disponible.
Canonical, qui a rejoint la Rust Foundation au printemps, compte sur la sûreté mémoire du langage pour éliminer toute une famille de bugs et de failles.
Je vous rassure : un rm -rf lancé dans le mauvais dossier fera quand même exactement les mêmes dégâts, mais en Rust.
Un poste (presque) comme les autres
Si votre entreprise gère ses comptes avec Microsoft Entra ID (l'annuaire en ligne de Microsoft, ex-Azure Active Directory), vous pouvez désormais ouvrir une session Ubuntu avec le mot de passe de ce compte, puis valider la double authentification dans Microsoft Authenticator ou avec un code à usage unique.
Jusqu'ici, l'écran de connexion affichait un code qu'il fallait aller saisir dans un navigateur, sur son téléphone ou une autre machine. Le nouveau parcours fonctionne sur le bureau, dans le terminal et en SSH, et le trousseau de clés GNOME se déverrouille automatiquement à la connexion.
De quoi faire passer le laptop Linux du dev pour un poste comme les autres aux yeux de la DSI. 👌
Windows, sors de ce corps
La nouveauté la plus visible du bureau rappellera quelque chose aux utilisateurs de Windows 11. Dès que vous commencez à déplacer une fenêtre, un sélecteur de dispositions pointe le bout de son nez en haut de l'écran, et se déplie quand vous l'approchez. Il suffit d'y lâcher la fenêtre pour qu'elle se cale dans la zone choisie : moitié, quart ou plein écran.

Les dispositions sont les mêmes que celles du bon vieux glisser contre un bord ou dans un coin, qui fonctionne toujours. Seule la façon de les choisir est nouvelle, et c'est l'extension de tiling que Canonical maintient pour Ubuntu qui l'apporte, pas GNOME 51.
Une fois la fenêtre calée, Ubuntu vous propose vos autres fenêtres pour remplir l'espace resté libre.
GNOME 51 apporte aussi la rotation automatique de l'écran sur les machines équipées d'un accéléromètre, et la coupure du pavé tactile quand une souris est branchée.
La visionneuse de PDF permet enfin de signer un document à la main, en dessinant sa signature ou en important une photo dont l'appli retire le fond. Une signature purement visuelle, précisent les notes de version, qui ne garantit rien quant à l'authenticité du document.
L'App Center (la logithèque d'Ubuntu) ajoute une page pour choisir ses pilotes graphiques, NVIDIA compris, et sait installer les codecs qui manquent quand une vidéo refuse de se lire.
Fin des bouchons sur le bus
Moins visible, D-Bus change de moteur. C'est le bus de messages par lequel les programmes d'un bureau Linux se parlent : une notification qui s'affiche, le Wi-Fi qui se reconnecte, tout passe par là.
Jusqu'ici, dbus-daemon faisait circuler ces messages sans vraiment compter qui envoyait quoi. Une application bavarde ou plantée pouvait encombrer le bus, et c'est tout le bureau qui se mettait à ramer.
dbus-broker, qui le remplace, tient les comptes application par application : une seule ne peut plus bloquer les autres, et le bureau y gagne au passage en réactivité et en fiabilité.
Ubuntu prend la dictée
Rien de tout ça n'ouvre pourtant le communiqué de Canonical. La vedette, c'est Myna : une dictée vocale qui transcrit ce que vous dites dans l'application active, sans rien faire sortir de votre machine. Le nom vient du mainate (myna en anglais), un oiseau connu pour imiter la voix humaine.
Le principe tient en une phrase : vous placez le curseur dans un champ de texte, vous appuyez sur un raccourci clavier, vous parlez, et le texte s'affiche.

Une fois le modèle téléchargé, aucune connexion n'est nécessaire. L'audio est traité en mémoire puis jeté, sans être stocké ni envoyé où que ce soit.
Plusieurs moteurs de reconnaissance sont proposés, dont Parakeet de NVIDIA, Whisper d'OpenAI et FunASR d'Alibaba, avec une variante accélérée par GPU pour les cartes NVIDIA compatibles.
Sauf que Myna n'est qu'une préversion, publiée trois jours avant la sortie. Elle n'est pas préinstallée, s'ajoute depuis un PPA de l'équipe desktop, exige GNOME sous Wayland, et tourne tout aussi bien sur les 24.04 et 26.04 LTS.
Rien de propre à Ubuntu 26.10, donc, sinon l'étiquette.
Ne vous y méprenez pas, Myna n'est pas un assistant vocal, et ne peut piloter ni votre bureau ni vos applications. Mais Canonical en fait la première étape de sa feuille de route IA, avec en ligne de mire un bureau auquel on pourra dire ce qu'on veut faire.
L'exemple que donne Canonical dans son annonce est pensé pour parler aux devs : demander à Ubuntu pourquoi les tests échouent, et le laisser analyser les résultats, retrouver le code concerné et préparer un espace de travail.
L'installation par défaut de Myna est promise pour la prochaine LTS, Ubuntu 28.04. En attendant, vos tests rouges, il faudra encore les déboguer à la main (ou avec votre assistant IA préféré 👀).
La toolbox fait le plein

La pile de développement d'Ubuntu 26.10 suit les dernières versions, et je vous lâche ici sans fioritures la liste des mises à jour : GCC 15.2, LLVM 22, Python 3.14, Rust 1.97, Go 1.27, Zig 0.16, OpenJDK 25 et .NET 10.
MySQL saute de la 8.4 à la 9.7 LTS, et OpenSSL 4 arrive avec l'Encrypted Client Hello, qui chiffre le nom du site visité pendant le handshake TLS.
Pour l'IA sur cartes AMD, ROCm passe en version 10.0 avec la prise en charge de vLLM et SGLang, et RISC-V a désormais droit à des images desktop.
Les pilotes NVIDIA de la série 615, eux, ne livrent plus que les modules noyau open source, réservés aux GPU Turing et plus récents.
Neuf mois, et puis s'en va
Ubuntu 26.10 est une version intermédiaire, maintenue neuf mois, jusqu'en juillet 2027. Pour un PC du quotidien, la 26.04 LTS, supportée jusqu'en 2031, reste le choix raisonnable.
Un cas particulier : si votre 26.04 utilise le chiffrement complet du disque adossé à la puce TPM (le composant de la carte mère qui garde la clé du disque et le déverrouille au démarrage), la mise à niveau vers Ubuntu 26.10 n'est pas possible au lancement, et les notes de version ne disent pas ce qui coince. Canonical prévoit de l'ouvrir en cours de cycle.
Stonking, en argot britannique, désigne quelque chose "d'imposant".
Pour une version qui passe surtout six mois à finir les chantiers de sa grande sœur, on pourra juger l'adjectif un brin généreux. Mais bon, convention de nommage oblige, après "Resolute Raccoon", il en fallait un qui commence par S.
À propos de l'auteur
Nicolas Lecointre
Fondateur des Joies du Code, je suis l'actualité et la culture des développeurs depuis 2012. Ancien développeur, je me consacre aujourd'hui entièrement au média.
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