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Deno rejoint Cloudflare, et son runtime JavaScript n'a plus qu'un an à vivre

Nicolas Lecointre ·
Deno rejoint Cloudflare, et son runtime JavaScript n'a plus qu'un an à vivre

Toute l'équipe de Deno rejoint Cloudflare, a annoncé en fin de semaine son créateur Ryan Dahl, à qui l'on doit aussi Node.js. Le runtime Deno, qu'il avait dévoilé en 2018 pour exécuter du JavaScript et du TypeScript hors du navigateur, ne fait cependant pas partie du voyage : encore un an de correctifs, puis l'équipe arrêtera de le développer.

À l'époque, il le présentait dans une conférence restée célèbre comme la réponse à ses propres regrets sur Node, à commencer par la sécurité et la gestion des dépendances.

Pourquoi réimplémenter Node ?

Ryan Dahl assume, dans un commentaire sur Hacker News : la décision est commune, il y adhère, et Deno n'est plus selon lui l'endroit où il peut faire le travail le plus important.

"Il y a de bonnes idées dans Deno et il est bien conçu, mais au bout du compte, il ne résout pas de gros problèmes. Il a été aspiré dans le puits gravitationnel de la compatibilité avec Node, qui l'oblige à se comporter exactement comme Node", explique-t-il.

Il ajoute : "Pourquoi réimplémenter Node ? Ça marche. Des gains marginaux en performance, en expérience utilisateur ou en sécurité ne suffisent pas."

Le runtime qui devait remplacer Node a fini par l'imiter, parce que ses propres utilisateurs voulaient profiter de ses nouveautés sans quitter l'écosystème npm.

Un an de sursis

Pour ceux qui avaient misé sur Deno, voici ce qu'il adviendra de chacun de ses projets :

  • Le runtime aura droit à une version par mois pendant un an, avec des corrections de bugs et de sécurité. Le code reste open source sous licence MIT, et l'équipe laisse la porte grande ouverte à qui voudra reprendre le flambeau.
  • Deno Deploy, le service de Deno qui héberge des applications JavaScript et TypeScript en serverless, fermera dans six mois. Ses clients payants seront aidés pour migrer vers Workers, son équivalent chez Cloudflare (ah ben oui tiens, c'est pas con ça).
  • JSR, le registre de paquets lancé par Deno, continuera de tourner, et son infrastructure déménagera chez Cloudflare.

Rien ne cassera du jour au lendemain, mais un runtime sans correctifs de sécurité n'a pas sa place en production (hein oui ? 👀).

La compatibilité avec Node, que regrette Ryan Dahl, devrait au moins faciliter le déménagement, surtout pour les projets qui tirent déjà leurs dépendances de npm.

Le plus dur sera de se passer de ce que Node ne propose pas.

Le modèle de permissions de Node, stable depuis début 2025, ne sait pas limiter l'accès au réseau à certains serveurs : c'est tout ou rien. Deno, lui, permet de dire quels dossiers un script peut lire ou écrire et quels serveurs il peut contacter. De quoi limiter la casse quand une dépendance vérolée s'invite dans un projet, comme chez Axios au printemps.

C'est ce cloisonnement qui a poussé yt-dlp à faire de Deno son moteur JavaScript par défaut : pour télécharger depuis YouTube, l'outil doit résoudre des défis JavaScript posés par le site, et Deno exécute ce code sans accès au disque ni au réseau.

Workers à domicile

Ryan Dahl, créateur de Deno, en conférence avec son t-shirt JavaScript

Ce qui intéresse désormais Ryan Dahl, et Cloudflare avec lui, c'est celld, un projet open source sorti par Deno en août, qui reproduit le modèle de programmation de Workers sur vos propres machines.

celld mise surtout sur les Durable Objects, des objets JavaScript qui conservent leur état d'une requête à l'autre, pratiques pour la collaboration en temps réel. Il se contente d'un stockage objet, type bucket S3, pour coordonner et stocker tout ce petit monde.

Or c'est justement ce qui manquait à Cloudflare. workerd, le runtime qui fait tourner Workers en production, est open source depuis 2022, mais ne gère les Durable Objects que sur une seule instance : assez pour tester en local, pas pour tenir la charge.

Kenton Varda, l'ingénieur derrière Workers, reconnaît dans le billet de Cloudflare que les TODO censés régler ça traînent dans le code depuis la première version (ce qui ne surprendra personne ici).

Ryan Dahl et Bert Belder, cofondateur de Deno, vont fusionner celld dans workerd pour faire de l'auto-hébergement une option pleinement supportée, le tout en open source. De quoi appuyer l'argument qui occupe une bonne partie de ce billet : Workers ne cherche pas à enfermer ses clients.

Ironie du sort, c'est ce même Cloudflare qui avait bloqué le registre de modules de Deno en 2021, un filtre anti-abus ayant pris ses fichiers TypeScript pour des vidéos (.ts, c'est aussi l'extension des flux MPEG).

Tous les chemins mènent à Cloudflare ?

Mur de lampes à lave colorées alignées en rangées, chez Cloudflare

L'équipe de Deno n'est pas la première de l'outillage JavaScript à changer de maison. Anthropic a racheté Bun en décembre 2025, puis Cloudflare a accueilli l'équipe d'Astro en janvier et celle de VoidZero, l'entreprise derrière Vite, en juin.

Pour un écosystème habitué à compter les jours sans nouveau framework, la concentration est brutale. Bun, Astro et Vite continuent toutefois d'être développés en open source : Deno est le seul dont l'outil phare s'arrête.

Après Node.js puis Deno, Ryan Dahl s'attaque donc à sa troisième façon d'écrire des serveurs en JavaScript. Ceux qui avaient suivi la deuxième ont un an pour revenir à la première.

À propos de l'auteur

Nicolas Lecointre

Nicolas Lecointre

Fondateur des Joies du Code, je suis l'actualité et la culture des développeurs depuis 2012. Ancien développeur, je me consacre aujourd'hui entièrement au média.

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