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Aux US, les entreprises ferment la porte aux agents IA censés tout faire à votre place

Nicolas Lecointre ·
Aux US, les entreprises ferment la porte aux agents IA censés tout faire à votre place

Réserver un restau, faire le ménage dans votre boîte mail, acheter une nouvelle paire de baskets : Anthropic, OpenAI, Meta, Google et consorts promettent des agents IA capables de tout faire à votre place sur le web.

Encore faut-il que le web accepte de les laisser entrer.

Vous n'êtes pas sur la liste

Depuis quelques semaines, les utilisateurs de Muse (Meta), Dots (OpenAI) ou Grok (xAI) signalent des blocages sur de gros sites américains.

Yelp, la plateforme d'avis sur les restaurants et commerces de quartier, n'accepte que les agents des entreprises qui paient pour sa licence de données. La compagnie aérienne Delta Air Lines, elle, les empêche de réserver des billets au nom de ses clients.

La banque JPMorgan Chase et le courtier en ligne Charles Schwab ont confirmé qu'ils bloquaient les agents qui tentent d'accéder aux comptes de leurs clients, pour des raisons de sécurité (ça peut se comprendre).

Selon certains utilisateurs, des sites qui fonctionnaient avec leur agent il y a encore peu ne répondent plus, sans la moindre annonce.

Le colosse Amazon, lui, vient de refouler Muse, l'agent personnel de Meta (déjà accusé d'avoir fouillé dans les messages d'un journaliste), estimant que son accès continu enfreint les règles du site.

Dots et Grok y seraient eux aussi bloqués, ce qui a fait réagir Elon Musk, patron de xAI, qui a émis l'idée de lancer un concurrent d'Amazon (rien que ça).

Le panier de la discorde

Amazon n'en est pas à son coup d'essai. L'an dernier, il avait déjà banni l'agent d'achat de Perplexity, intégré à son navigateur Comet, avant de traîner la startup en justice.

Le géant du e-commerce assurait avoir plusieurs fois sommé Perplexity d'arrêter, et estimait que ces services devaient opérer à visage découvert et laisser chaque site libre d'accueillir des agents IA ou non.

Perplexity a rétorqué qu'Amazon voyait surtout d'un mauvais œil des agents qui privent ses publicités de regards humains.

La startup présentait son agent comme un prolongement de l'utilisateur, et accusait Amazon de nier le droit de ses clients à se faire aider par un assistant ou un employé qui agit en leur nom.

Un juge a d'abord ordonné à Perplexity de cesser, avant qu'une cour d'appel lève cette interdiction cet été. Selon elle, ce sont les clients d'Amazon qui accèdent ainsi au site, et non Perplexity (Amazon a depuis déposé une plainte modifiée).

On ne manquera pas de rappeler qu'Amazon, qui demande aux agents tiers de respecter le choix des sites, a lancé en 2025 son propre agent, "Buy for Me", capable de passer commande pour vous sur les sites d'autres marques.

Trois écrans de l'appli Amazon montrant la fonction Buy for Me qui achète un produit sur le site d'une marque

Des marques indépendantes ont par la suite découvert leurs produits dans Buy for Me, alors même qu'elles ne s'y étaient jamais inscrites. Amazon a rappelé qu'elles pouvaient en sortir à tout moment en envoyant un mail (le consentement version opt-out, quoi).

Pour un anti-bot, un agent reste un bot

Même quand un site ne vise pas spécialement les agents, ceux-ci peuvent se cogner aux systèmes anti-bots devenus omniprésents sur le web.

Muse, par exemple, dispose pour chaque utilisateur d'un ordinateur et d'un navigateur dans le cloud, avec lesquels il navigue, clique et passe commande à sa demande.

Rien à voir avec un crawler qui aspire un site page après page, mais pour le serveur d'en face, ce trafic automatisé déclenche les mêmes protections que les programmes qui fraudent ou piratent.

Des utilisateurs de Muse racontent ainsi avoir vu leur compte Google bloqué pour "activité suspecte", tandis que d'autres ne parviennent pas à valider leur panier chez Walmart (pourtant partenaire de Meta).

La facture risque aussi de retomber sur les humains : on pourrait bientôt vous demander de prouver que vous n'êtes pas un robot jusque sur le site de votre supermarché...

Meta et Shopify ouvrent d'autres portes

Plutôt que de croiser le fer avec Amazon, Meta a préféré traiter avec la concurrence : son agent Muse fait ses courses chez Walmart, Gap, Sephora ou Best Buy.

De son côté, Shopify, partenaire de Muse depuis septembre, vient d'ouvrir son catalogue à n'importe quel agent IA, sans accord particulier : il suffit de connecter l'agent à votre compte Shop pour qu'il passe commande à votre place.

Meta a aussi présenté ce mois-ci le Personal Agent Protocol, un standard ouvert qu'elle développe avec Shopify, Stripe, Walmart et d'autres, pour que les agents transmettent l'identité de leur utilisateur et que les entreprises voient ce qu'ils font sur leurs sites.

Meta y reconnaît que faire cliquer une IA dans des pages conçues pour des yeux humains est plus lent et plus fragile que nécessaire. L'entreprise pousse ainsi vers des connecteurs branchés sur les API des marchands, voire vers des agents d'entreprise qui discutent directement avec Muse.

Pour les développeurs d'agents, la porte d'entrée s'appellera donc API, protocole et contrat signé, soit à peu près ce que le web proposait déjà avant eux.

À propos de l'auteur

Nicolas Lecointre

Nicolas Lecointre

Fondateur des Joies du Code, je suis l'actualité et la culture des développeurs depuis 2012. Ancien développeur, je me consacre aujourd'hui entièrement au média.

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