Arm fabrique sa première puce en 35 ans d'existence et la baptise sobrement "AGI CPU"
Pendant 35 ans, Arm a dessiné des architectures de processeurs que d'autres se chargeaient de fabriquer. Apple, Qualcomm, Nvidia, Amazon : tout le monde bossait avec les plans d'Arm, mais Arm ne touchait jamais au silicium.
Il semblerait que ce soit désormais terminé : lors d'un récent événement à San Francisco, la société britannique a dévoilé l'AGI CPU, sa toute première puce maison.
Et pour marquer le coup, elle s'est trouvé un client de poids : Meta, à fond sur l'IA après le downfall du Metaverse, qui co-développe le processeur et prévoit de le déployer à grande échelle dans ses datacenters d'ici la fin de l'année.
AGI, vraiment ?
Autant crever l'abcès tout de suite : non, cette puce ne va pas atteindre l'intelligence artificielle générale.
Le nom "AGI CPU" joue à fond sur le buzzword du moment, mais le produit cible en réalité les workloads d'IA agentique (les fameux agents qui s'enchaînent les uns les autres pour exécuter des tâches).
Mohamed Awad, VP Cloud AI chez Arm, assume le naming en affirmant que le CPU sera fondamental pour atteindre l'AGI. Bref, askip l'AGI est arrivée, et c'est... un CPU.
En pratique, la puce n'exécutera pas de modèles IA elle-même — ça reste le job des GPU et des accélérateurs spécialisés. Son rôle est d'orchestrer les accélérateurs, de gérer la mémoire et le stockage, de planifier les workloads et de coordonner l'exécution d'agents en parallèle. Le chef d'orchestre du datacenter, en somme.
Je sais pas qui sont les illuminés qui ont validé ce nom pété en réunion, mais le culot est né après eux. Dans un marché où "AI" ne fait plus l'effet d'une nouveauté, le terme "AGI" fait tourner des têtes, et c'est de toute évidence ce qu'Arm cherchait.

Le CPU contre-attaque
Côté specs, on est quand même sur du lourd. L'AGI CPU embarque 136 cœurs Neoverse V3 répartis sur deux puces de silicium gravées en 3 nm chez TSMC (le fondeur taïwanais qui fabrique aussi les puces d'Apple et de Nvidia), le tout dans une enveloppe de 300 watts.
Choix intéressant : contrairement au Vera de Nvidia, pas de multithreading simultané. Chaque cœur ne traite qu'un seul thread à la fois, ce qu'Arm justifie par une montée en charge plus prévisible.
Pour un premier essai, ça ne manque pas d'ambition. Et quand on passe à l'échelle rack, ça envoie encore plus de bois : la version refroidie par liquide empile jusqu'à 336 puces par rack, soit plus du double de ce que propose Nvidia avec ses racks Vera. Arm annonce deux fois les performances par watt des systèmes x86 actuels (sur la base de ses propres estimations).
Meta en tête de gondole
Le choix de Meta comme client de lancement n'est pas anodin. Le groupe de Zuckerberg a eu du mal à faire décoller ses propres puces MTIA et multiplie les partenariats silicium en parallèle (Nvidia Grace, AMD, Broadcom).
L'AGI CPU d'Arm vient s'ajouter à cette stratégie multi-fournisseurs, avec un engagement sur plusieurs générations de processeurs. Santosh Janardhan, responsable infra chez Meta, évoque une amélioration significative de la densité de performance dans leurs datacenters.
Et Meta n'est pas seul au portillon : des entreprises comme OpenAI, Cloudflare et SAP figurent parmi les premiers clients. Le message d'Arm est clair : cette puce s'adresse aux entreprises qui ont besoin de CPU serveur performants mais qui n'ont pas les moyens de concevoir le leur (contrairement aux AWS Graviton, Google Axion et autres puces maison des hyperscalers).
À noter que Qualcomm brille par son absence dans la liste des partenaires. Les deux entreprises s'affrontent devant les tribunaux depuis que Qualcomm a racheté Nuvia, un studio de conception de puces sous licence Arm, et qu'Arm a justement estimé que la licence d'exploitation de ses architectures ne faisait pas partie du deal.
Un virage à 35 ans

Quand l'entreprise qui dessine les plans de la moitié des puces de la planète décide de fabriquer les siennes, ça ne passe pas inaperçu.
Arm va désormais être en concurrence directe avec certains de ses propres clients, ceux-là mêmes qui utilisent ses plans pour concevoir leurs processeurs.
Vendre vos plans à quelqu'un pendant des années puis débarquer avec votre propre produit fini, c'est le genre de move qui refroidit un peu les relations commerciales. Le développement a démarré en 2023, les systèmes sont déjà disponibles à la commande chez ASRockRack, Lenovo et Supermicro, et une gamme de produits successeurs a d'ores et déjà été annoncée.
Dans un contexte où Intel et AMD peinent à répondre à la demande (pénurie de CPU, hausse des prix des PC), le timing pourrait être plutôt bien choisi.
Arm a mis 35 ans pour se décider à sortir sa propre puce. Et le moins qu'on puisse dire c'est que pour le nom de leur V1, ils n'ont clairement pas choisi la discrétion.
À propos de l'auteur
Nicolas Lecointre
Chief Happiness Officer des développeurs, ceinture noire de sudo. Pour rire, j'ai créé Les Joies du Code. J'utilise Vim depuis 10 ans parce que je sais pas comment le quitter.
Articles similaires
Meta lance Muse Spark et fait ses adieux à Llama (et à l'open source)
Dans le plus grand des calmes, Zuckerberg se construit un agent IA CEO pour l'aider à diriger Meta
OpenAI lance ChatGPT Pro à 100$/mois pour les devs qui abusent de Codex
Anthropic laisse fuiter 512 000 lignes de Claude Code sur npm
Meta lance Muse Spark et fait ses adieux à Llama (et à l'open source)
Dans le plus grand des calmes, Zuckerberg se construit un agent IA CEO pour l'aider à diriger Meta
OpenAI lance ChatGPT Pro à 100$/mois pour les devs qui abusent de Codex
Anthropic laisse fuiter 512 000 lignes de Claude Code sur npm
Plus de contenu
Quand j'essaie d'éviter un bug pendant ma démo
Quand on débute notre pair programming
Quand on me demande de m'occuper du design
Quand le commercial me vend une mission
Quand je suis sur le point de me lancer sur un énorme debug
Quand je transmets plusieurs tickets simples à traiter au lead dev
Quand la doc tient sur une seule ligne avec un lien mort
Quand je traite des bugs mineurs en fin de journée
Quand j'essaie d'éviter un bug pendant ma démo
Quand on débute notre pair programming
Quand on me demande de m'occuper du design
Quand le commercial me vend une mission
Quand je suis sur le point de me lancer sur un énorme debug