Des neurones humains cultivés en laboratoire jouent à DOOM (oui, vraiment.)
"Can it run DOOM?" est depuis les années 90 le test de Turing officieux de n'importe quel support informatique. Calculatrices, imprimantes, tondeuses à gazon, tests de grossesse, tout y est passé !
Cette semaine, une startup australienne a répondu à cette question ultime avec... des neurones humains vivants.
Pong, c'était de l'échauffement
Cortical Labs n'en est pas à son coup d'essai. En 2022, la même équipe avait déjà fait tourner les têtes avec DishBrain : un système de neurones humains cultivés sur électrodes, qui avaient appris à jouer à une version simplifiée de Pong. Balle à gauche, neurone à gauche : cause à effet direct, toussa toussa (Pavlov aurait très probablement applaudi).
Cette fois, Cortical Labs sort le CL1, leur "bio-ordinateur" de deuxième génération, et monte directement d'un cran. Alon Loeffler, l'un des chercheurs de l'équipe, met les choses en perspective : "Pong, c'était simple, il y avait une relation directe. DOOM est bien plus complexe."

Le CL1 embarque environ 200 000 neurones humains vivants, cultivés sur un réseau de micro-électrodes et maintenus en vie dans un bain de liquide nutritif (oui, on dirait que ça sort d'une nouvelle de science-fiction et oui, c'est bien la réalité).
Le système fonctionne en boucle fermée : les électrodes envoient des signaux aux neurones pour leur communiquer l'état du jeu, puis écoutent leurs réponses électriques, converties en actions à l'écran.
Si quelque chose apparaît à gauche de l'écran, les neurones correspondants reçoivent un signal électrique. S'ils répondent d'une certaine façon, Doomguy (le fameux) tourne à gauche. S'ils tirent autrement, il avance. S'ils font n'importe quoi (ce qui arrive souvent)... il meurt.

Une précision s'impose : ce n'est pas tout à fait DOOM qui tourne ici, mais Freedoom, son alter ego open-source. Le gameplay, les couloirs et les démons sont au rendez-vous, mais sans les assets d'Id Software. En gros l'esprit est là, juste sans la licence.
Pour ce qui est des performances actuelles de ce système, Cortical Labs la décrit comme celle "d'un débutant complet qui n'a jamais vu un clavier, une souris, ni un ordinateur", ce qui mène à pas mal (beaucoup) de morts dans le jeu.
Mais les neurones, eux, apprennent vraiment : leurs connexions se renforcent ou s'affaiblissent au fil des parties, exactement comme dans un vrai cerveau. Pas d'algorithme, pas de calcul, pas de machine. Juste de la biologie qui s'adapte, et ce à son propre rythme.
On n'a pas demandé votre avis.
Avec un tel projet, on effleure forcément une question un peu inconfortable.
200 000 neurones d'origine humaine, contraints de jouer à un jeu de tir en couloir, sans alternative ni consentement possible : est-ce que ça constitue une forme de conscience, ou de souffrance ?
Probablement pas, car un cerveau humain en contient plusieurs dizaines de milliards, et la recherche n'a pas établi de seuil à partir duquel ce genre de question devient pertinente. Cortical Labs travaillerait d'ailleurs activement avec des experts en bioéthique sur ces problématiques.
Mais "probablement pas" n'est pas "certainement pas". Et on peut trouver au moins troublant que si on devait un jour calibrer l'intelligence biologique en laboratoire, le premier réflexe collectif ait été de lui mettre un fusil à pompe dans les mains.
Cortical Labs a par ailleurs ouvert son Cortical Cloud avec une API Python, qui donne aux développeurs un accès direct au système neuronal pour leurs propres expériences.
On est littéralement en train d'entrer dans une époque où des neurones humains cultivés dans une boîte de Petri peuvent être appelés depuis un simple script Python (à méditer).
Hâte que ces neurones se retrouvent branchés à un LLM et commencent à nous vibe coder des bibliothèques JavaScript en masse. 🥹
À propos de l'auteur
Nicolas Lecointre
Chief Happiness Officer des développeurs, ceinture noire de sudo. Pour rire, j'ai créé Les Joies du Code. J'utilise Vim depuis 10 ans parce que je sais pas comment le quitter.
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