Il n’a pas fait suivre le message à 15 de ses amis, maintenant Facebook est payant
Ça y est, plus rien ne sera comme avant : Facebook devient payant.
Rongé par le remords, Jean Tombedainu (nom modifié) a souhaité s'exprimer sous anonymat en ne divulgant pas son identité. Aujourd'hui, comme des millions d'utilisateurs Facebook en France, il s'est lui aussi retrouvé face à cette pop-up assassine sur son réseau social préféré.
Un véritable "coup de poignard dans le dos", comme le qualifie le jeune trentenaire, la gorge encore nouée par l'émotion, et les jambes tremblantes.
Certes, la gratuité sur Facebook reste possible, sous réserve qu'on accepte de continuer d'y scroller avec des pubs, mais pour Jean, le mal est déjà fait. Une ligne rouge a été franchie, et le daltonisme de Zuckerberg n'y est peut-être pas pour rien.
Une ligne à très exactement 9,99 euros par mois sur ordinateur, et 12,99 euros par mois sur mobile (offre valable dans la limite des pigeons disponibles).
Qu'en est-il de ce doux parfum de liberté qui régnait jusque-là sur le réseau social ? Qu'en est-il de ce sentiment de sécurité sur l'usage raisonnable de nos données ?
Qu'en est-il donc de cette douce promesse, si rassurante, qui dès l'inscription nous affirmait que Facebook ne serait jamais au grand jamais payant ?
D'abord Google+, et maintenant ça ?!
Derrière son visage si avenant et ses t-shirts unis, Mark Zuckerberg n'aurait-il donc pas de coeur ?
Mais ce qui ronge le plus le jeune homme, c'est un profond sentiment de culpabilité.
Il se souvient très bien du moment où sa tante Josiane, fraîchement débarquée sur le réseau — "face de bouc", comme elle aimait l'appeler — lui avait envoyé ce fameux message.
"Facebook va devenir payant. Si tu as au moins 15 amis envoie-leur ce message. De cette manière, on constatera que tu es un utilisateur assidu et ton logo deviendra bleu et restera gratuit."
"On en a parlé aujourd'hui au journal de TF1", poursuivait le texte, "Facebook coûtera 0,01$ par message. Envoie ce message à 30 personnes. Quand tu l'auras fait, la lumière deviendra bleue (sinon fecebook [retranscription exacte] activera la facturation)."
"Je m'étais dit que c'était un hoax", se défend Jean, fébrile, "je n'ai pas fait suivre le message" souffle-t-il, la tête entre les mains. "Je n'ai pas fait suivre le message", répète-t-il en se balançant d'avant en arrière.
Nostalgique, il se remémore avec émotion ses débuts sur Facebook en 2008, l'engouement qui régnait alors autour du réseau social, et tous ces amis qu'il a ajouté sans même parfois les connaître.
"C'était génial, on parlait de soi à la troisième personne, et on envoyait tout le temps des pokes aux gens !"
"Ça me rappelait les wizz sur MSN", nous confie-t-il. "Et puis, ça changeait de Skyblog."
Un sourire en coin, il avoue apprécier se replonger dans ses posts du passé, non sans perdre approximativement 2 heures à scroller, le temps de passer ses quelques centaines de publications Candy Crush et FarmVille.
Jean aimait beaucoup écrire sur le mur de ses amis. "Maintenant, plus personne n'écrit sur mon mur", se plaint-il, "à part pour mon anniversaire".
Mais aujourd'hui, quelque chose s'est brisé. Et puis le RGPD, c'est quoi encore ce truc bidon ?
Les yeux rivés sur son fil d'actualité, Jean scrolle machinalement. Elles sont pourtant bien là, les pubs. Mais elles n'ont plus la même saveur qu'hier.
Ses préférées, ce sont celles de Wish. "J'aime bien", nous lâche-t-il, "ça me fait découvrir des objets rigolos".
Soudain, Jean se crispe, et un grand frisson semble le traverser : "Mais alors, cette petite fille en attente d'une greffe de rein, pour laquelle je n'ai pas partagé la publication... Est-ce qu'elle est... morte à cause de moi ?!"
Peut-être se résignera-t-il à enfin aller voir ce qu'il se passe sur Twitter, nous concède-t-il. "Un pote m'avait dit que c'était sympa et que ce réseau avait plutôt la cote en ce moment."
Au vu de son état très perturbé, nous nous sommes bien gardés de lui en dire plus à ce sujet.
Quant à vous, soyez rassurés, les pokes existent encore.
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À propos de l'auteur
Nicolas Lecointre
Fondateur des Joies du Code, je suis l'actualité et la culture des développeurs depuis 2012. Ancien développeur, je me consacre aujourd'hui entièrement au média.
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